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Depuis le Moyen Age, le rocher Saint-Michel a vu se succéder plusieurs édifices, lieux de festivité et de dévotion. Si l'on en croit la légende, de nombreux bateaux auraient sombré dans les parages de l'îlot, qui aurait servi de lieu de sépultures. Le rescapé d'un naufrage aurait fait voeu de piété et aurait commandé la construction d'un oratoire.

D'après les recherches de l'historien J.P. Le Gal la Salle, la chapelle Saint-Michel de "La Roche au Nay" aurait été fondée à une date inconnue par les moines cisterciens de l'abbaye de Saint-Aubin des Bois (Plédéliac), qui possédaient sur la garenne d'Erquy, l'établissement et le fief de la Moinerie.

Au cours du 13ème siècle, l'abbaye était devenue le plus grand propriétaire foncier et féodal d'Erquy, après le comte de Penthièvre. Les moines utilisaient à cette époque les pêcheries autour de l'îlot.

1249 : à cette date, le testament d'une riche propriétaire locale nommée Haîssa, qui léguait 12 deniers à l'église de la "Roche au Nai", faisait mention de la chapelle. L'ilot est propriété publique de la commune.
1640 : les différents recteurs de l'époque se plaignaient que les quêtes de la chapelle Saint-Michel revenaient uniquement aux moines...
1725 : la chapelle était en état de culte à cette date et le recteur écrivait : Il y a une chapelle sous l'invocation de Saint-Michel à 3 quarts de lieue du bourg, bâtie sur un rocher avancé dans la mer qui, par le reflux couvrant le passage, oblige les moines Bernardins, qui s'en disent seigneurs, à dire la messe tous les ans, le jour de la saint Michel, sur la grève dans un coin de rocher, couvert d'une tente (...). Ce qui met en grand danger d'accident le Saint Sacrifice. Ce dont Monseigneur informé, défendit qu'on célébra la messe sous la dite tente, néanmoins elle a toujours été continuée dans ce même lieu par les dits religieux. Les rochers de ce lieu ont été par la suite appelés "les roches prêcheresses".
1789 : la chapelle a survécu à la Révolution. Elle est mentionnée dans le cadastre de 1785 et de 1810 (589 B). Un ermite aurait, semble-t-il, vécu sur l'îlot à la fin du 19ème siècle. L'îlot appartient au domaine communal.
1879 : les paroissiens d´Erquy s´émurent de l´état de délabrement du sanctuaire et cherchèrent un financement pour sa reconstruction. Le 21 mars 1880, le conseil municipal d´Erquy prenait connaissance d´une lettre du préfet des Côtes-du-Nord : Je n´ai trouvé aucune indication sur la nature de cette chapelle qui n´a sans doute aucun titre officiel. La dépense de sa construction ne peut incomber à la commune ni même constituer une charge obligatoire pour la fabrique. Fort de cette information, le conseil municipal déclarait : Qu´il ne voit aucun obstacle à ce que la fabrique fasse opérer la reconstruction (...) avec ses fonds libres et avec ceux provenant de dons ou souscriptions particulières ; la commune ne pouvant, en aucun cas, s´engager dans la dépense à faire. Le même jour, le conseil autorisait la fabrique, pour les besoins de construction, à extraire le sable et les pierres sur les lieux.
1881 : sur les plans de l'architecte briochin, Jules Morvan, la chapelle est reconstruite et inaugurée avec bénédiction le 9 octobre 1881.
1939-1945 : durant l'occupation allemande, les abords de l'îlot sont rendus difficulles en raison du minage des dunes et de la plage. C'est en effectuant des tirs d'artillerie d'entraînement qu'un obus allemand percuta le clocheton de la chapelle et le fit s'écrouler. Il fut reconstruit après la guerre, et le culte avec son pardon put enfin reprendre.
1948 : cette date annonçait le dernier pardon de la chapelle et son abandon progressif par les fidèles. Elle fut ensuite utilisée par les pêcheurs pour s'abriter en cas de mauvais temps. Le mobilier, la porte et la statue de saint Michel allaient disparaître.
1987 : le coup de vent du 27 octobre 1987 fit tomber à nouveau le clocheton. L'archange saint Michel eut les ailes brisées. Cependant, la municipalité de l'époque fit réparer aussitôt les dégâts. La chapelle aurait servi d'abri pour les pêcheurs à pied.


2002-2003 : la chapelle est entièrement rénovée par une équipe de bénévoles, réunie en association "Les amis de la chapelle Saint-Michel", avec le soutien financier du Conseil général des Côtes d'Armor, du Conseil régional de Bretagne, de la municipalité d'Erquy et de la fondation Langlois. Renouant avec la tradition, le renouveau du pardon de saint Michel s'est déroulé le 29 septembre 2003 avec une messe dite en plein air et une procession rassemblant près d'un millier de personnes. Durant les années 2002-2004, une équipe de bénévoles va réhabiliter la chapelle Saint-Michel, en acheminant 15 tonnes de matériaux au sommet de l'île. Un doris, embarcation traditionnelle, sera utilisé pour l'occasion : - le 18 novembre, l'entreprise Moullec de Lamballe commençait le dégradage intérieur du vieux ciment au burin et marteau ; - en février 2003, ce fut la pause de l'autel en "tau". Le chantier de maçonnerie terminé, il fallut encore évacuer 3 m3 de gravats et tout le matériel ; - en avril 2003, madame Cocar, maître verrier, après avoir réalisé de nouveaux vitraux, assurait leur mise en place ; - en mai 2003, le ferronier Armand Sort d'Erquy, intervenait pour la pose de la porte d'entrée neuve en fer forgé ; - en Juin 2003, la sculpture polychrome effectuée par C. Gruer, fut posée au-dessus de l'autel ; - en 2004, le sol recevait un nouveau dallage, la toiture en ardoise était entièrement refaite et une nouvelle cloche était installée.

Edifice de style néogothique et de plan rectangulaire construit en moellons de grès rose équarris extraits de la carrière de la Fosse Eyrand. Il est couvert d'un toit en bâtière. Les enduits intérieurs ont été réalisés à la chaux. Les nouveaux vitraux sont en pierre de verre, illustrés par des repésentations symboliques : sable, mer, rochers, oiseaux, une vague qui déferle, réalisés par Christine Cocar, maître verrier à Saint-Brieuc. Un nouvel autel remplace l'ancien autel construit en chêne. Le prie Dieu et une porte en bois ont été dévastés lors d'un pillage. Le bas relief de l'autel représente une copie d'une oeuvre d'art polychrome, s'inspirant de l'abbaye de Solesmes, intitulé : "la tempête apaisée". Au-dessus du clocher, une sculpture représentant un ange déchu, terrassé par saint Michel. La nouvelle cloche fondue à Villedieu-Les-Poèles a été installée et baptisée en 2002 avec cette épitaphe gravée : "Béni soit le seigneur mon rocher".

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